Déduction de coordination : Ce qu’il faut savoir pour ne plus perdre d'argent sur votre 2e pilier Suisse
Vous êtes travailleur frontalier ou salarié en Suisse et vous vous demandez pourquoi une partie de votre salaire n'est pas couverte par votre caisse de pension ? La réponse tient en trois mots : déduction de coordination. Ce mécanisme détermine exactement quelle fraction de votre revenu annuel est assurée dans le 2e pilier (LPP). Bonne nouvelle : une fois que vous avez compris son fonctionnement, vous pouvez agir concrètement pour optimiser votre prévoyance et éviter les lacunes à la retraite.
Dans cet article, Fimaris vous explique tout : définition, montants 2025-2026, impact sur les travailleurs à temps partiel, cas des employeurs multiples, et stratégies pour protéger votre niveau de vie futur.
Qu'est-ce que la déduction de coordination ?
La déduction de coordination est le montant soustrait de votre salaire annuel brut avant le calcul des cotisations LPP (Loi sur la Prévoyance Professionnelle, 2e pilier). Son rôle est simple mais fondamental : éviter qu'une même partie de votre revenu soit assurée deux fois, à la fois par l'AVS (1er pilier) et par la caisse de pension (2e pilier).
Le système de prévoyance suisse repose sur le principe des trois piliers. À côté de la prévoyance AVS (1er pilier), on trouve la prévoyance professionnelle (2e pilier) et la prévoyance privée (3e pilier). L'objectif des deux premiers piliers est de permettre aux assurés de conserver leur niveau de vie habituel après le départ à la retraite. C'est pourquoi leurs prestations sont harmonisées ou « coordonnées » entre elles.
Concrètement, la caisse de pension ne prélève des cotisations que sur la portion du salaire non couverte par l'AVS. Ce solde s'appelle le salaire coordonné.
Pourquoi ce mécanisme a-t-il été créé ?
Sans la déduction de coordination, la partie du salaire déjà couverte par l'AVS serait cotisée une seconde fois dans le 2e pilier. Cela entraînerait des prélèvements injustifiés et des doublons de couverture. Ce système permet de prélever des cotisations pour la prévoyance professionnelle uniquement sur les éléments de salaire qui ne sont pas encore assurés au titre du premier pilier. Ainsi, les éléments de salaire ne seront pas assurés une seconde fois.
Quel est le montant de la déduction de coordination en 2025 et 2026 ?
Le montant de la déduction de coordination est fixé chaque année par le Conseil fédéral suisse. Il correspond à 7/8e de la rente AVS maximale annuelle.
Depuis le 1er janvier 2025, (montant maintenu en 2026) la déduction de coordination s'élève à 26 460 CHF. C'est le montant qui est déduit du salaire annuel brut à la caisse de Prévoyance Professionnelle.
Ces chiffres sont publiés officiellement sur le site de l'Office fédéral des assurances sociales (OFAS).
Comment calculer le salaire coordonné ? Exemples pratiques
Le salaire coordonné est la base sur laquelle votre caisse de pension calcule vos cotisations LPP et détermine vos futures prestations (rente vieillesse, invalidité, décès). Son calcul est simple :
Salaire coordonné = Salaire annuel brut − Déduction de coordination (26 460 CHF)
Exemple 1 : un salarié avec un revenu de 65 000 CHF
Si une personne gagne 65 000 CHF par an, 26 460 CHF vont être déduits de ce salaire annuel brut à titre de déduction de coordination. Son salaire coordonné s'élèvera alors à 38 540 CHF, qui sera la base de calcul des cotisations LPP et des prestations de la caisse de Prévoyance Professionnelle.
Exemple 2 : un salarié avec un revenu de 100 000 CHF
Une personne percevant 100 000 CHF par an : la partie obligatoire LPP couvre jusqu'à 90 720 CHF. Son salaire coordonné dans la partie obligatoire est donc 90 720 − 26 460 = 64 260 CHF (salaire coordonné maximal). Le solde peut être couvert par la part surobligatoire si l'employeur le prévoit.
Exemple 3 : un salarié à temps partiel (50 %)
Une personne travaillant à 50 % perçoit 35 000 CHF par an. Si l'employeur applique la déduction de coordination standard sans l'adapter : 35 000 − 26 460 = 8 540 CHF seulement de salaire coordonné. Ce résultat illustre l'un des problèmes majeurs pour les travailleurs à temps partiel : une protection LPP très limitée.
Travailleurs à temps partiel : pourquoi la déduction de coordination vous pénalise ?
La déduction de coordination fixe est l'une des critiques les plus fréquentes adressées au système LPP suisse. Ce montant de 26 460 CHF est identique pour tous, qu'on travaille à 100 % ou à 40 %. Or, une personne à temps partiel a par définition un salaire plus faible, et la déduction représente donc une proportion bien plus importante de son revenu.
L'impact concret sur les cotisations LPP
En 2022, 37 % des personnes exerçant une activité lucrative étaient employées à temps partiel en Suisse. Chez les femmes, ce taux s'élevait à 58 % contre tout juste 19 % chez les hommes. Pour beaucoup d'entre elles, la déduction de coordination fixe signifie un salaire coordonné très réduit, et donc de futures prestations de retraite bien inférieures à leur niveau de vie réel.
Les caisses de pension sont libres de réduire la déduction de coordination sur une base volontaire ou de l'adapter au taux d'occupation des employés. Toutes ne le font pas automatiquement, mais c'est une démarche qui peut changer considérablement votre couverture. N'hésitez pas à en faire la demande explicitement à votre caisse.
Le seuil d'entrée LPP : attention au plancher
Il faut au moins un salaire annuel de 22 680 CHF pour être assuré auprès d'une caisse de Prévoyance (seuil d'entrée LPP). Avec un salaire inférieur à ce plafond, vous ne payez pas de cotisations obligatoires et vous ne bénéficierez pas de rente au 2e pilier. Pour les personnes à temps très partiel, cela représente un risque réel de lacune de prévoyance.
Cumul d'emplois : une problématique méconnue de la déduction de coordination
Si vous êtes salarié auprès de plusieurs employeurs en Suisse simultanément, vous faites face à une situation encore plus défavorable : la déduction de coordination s'applique séparément à chacun de vos salaires.
Illustration chiffrée du problème
Deux personnes avec un revenu identique de 70 000 CHF auront des protections LPP radicalement différentes selon qu'elles travaillent pour un ou plusieurs employeurs. C'est une inégalité structurelle du système.
Quelle solution en cas de multi-employeurs ?
Il est possible de faire assurer ses différents revenus par une caisse de pension unique. La déduction de coordination ne serait alors déduite qu'une seule fois. L'une des institutions permettant ce type d'affiliation est la Fondation institution supplétive LPP. Les prestations restent limitées, mais la déduction unique représente un avantage concret pour les personnes concernées.
L'employeur peut-il modifier la déduction de coordination ?
C'est une question fréquente. La réponse est nuancée : l'employeur seul ne peut pas enclencher une procédure pour changer les dispositions en vigueur. Seule l'institution de prévoyance professionnelle peut modifier les règles applicables.
Plan de prévoyance sans déduction de coordination
Ce ne sont pas toutes les institutions qui prévoient une déduction de coordination dans leur règlement ou dans leur plan de prévoyance. Lorsque la déduction de coordination n'est pas appliquée, le montant du salaire assuré est beaucoup plus élevé et les employés perçoivent des prestations plus avantageuses.
Ces plans sont souvent utilisés comme argument de recrutement par les entreprises souhaitant attirer des profils qualifiés. Cotisations plus élevées, certes, mais rente de vieillesse, couverture invalidité et décès nettement supérieures.
La part sur-obligatoire : une couverture complémentaire facultative
La loi définit un plafond pour le salaire annuel (90 720 CHF en 2026) qui doit être assuré dans l'institution de prévoyance obligatoire. Pour les salariés percevant des revenus supérieurs, l'employeur peut mettre en place un plan de prévoyance qui tient compte d'une rémunération plus élevée. Les cotisations supplémentaires seront alors déduites du salaire pour la part sur-obligatoire.
Réforme LPP 21 : ce qui a changé (et ce qui n'a pas changé)
Le 17 mars 2023, le Parlement suisse a adopté la réforme de la prévoyance professionnelle dite LPP 21. L'un de ses volets phares concernait précisément la déduction de coordination : il était prévu de la rendre dépendante du salaire (80 % du salaire jusqu'à la limite supérieure LPP), au lieu d'un montant fixe. Cette réforme aurait bénéficié en priorité aux travailleurs à temps partiel et aux femmes.
Cependant, le peuple suisse a rejeté cette réforme le 22 septembre 2024 lors d'un référendum, de sorte que la déduction de coordination fixe de 26 460 CHF reste en vigueur.
Ce vote illustre la complexité des enjeux autour de la prévoyance professionnelle. Le débat sur la réforme du 2e pilier est loin d'être clos.
Comment combler les lacunes de prévoyance liées à la déduction de coordination ?
Que vous soyez travailleur frontalier, à temps partiel ou à hauts revenus, la déduction de coordination peut laisser des lacunes dans votre couverture retraite. Voici les leviers à actionner.
Le pilier 3a : l'outil fiscal par excellence
Les prestations de prévoyance vieillesse relevant des 1er et 2e piliers ne suffisent généralement pas à maintenir le niveau de vie habituel après la retraite. C'est pourquoi le 3e pilier facultatif est d'autant plus important : il peut aider à combler les éventuelles lacunes de prévoyance.
En 2024, le plafond de versement annuel dans le pilier 3a pour un salarié affilié LPP était de 7 258 CHF, intégralement déductible du revenu imposable. Pour les indépendants, ce plafond monte à 20 % du revenu net, jusqu'à 36 288 CHF. Les rachats rétroactifs dans le pilier 3a deviennent possibles dès 2026 pour les années sans versement.
Découvrez notre article dédié sur le 3ème pilier afin de préparer sereinement votre retraite en cliquant ici.
Les rachats dans le 2e pilier
Si votre avoir LPP présente des lacunes (interruption de carrière, longue période à temps partiel, entrée tardive dans la vie active), vous pouvez effectuer des rachats volontaires dans votre caisse de pension. Ces versements sont déductibles fiscalement et permettent d'améliorer vos futures rentes de manière significative.
Découvrez notre article dédié sur le 2ème pilier afin d’optimiser votre retraite en cliquant ici.
Les placements financiers comme complément patrimonial
Au-delà des mécanismes institutionnels, une stratégie de placement adaptée à votre profil peut contribuer à consolider votre patrimoine retraite. Fimaris accompagne ses clients dans cette démarche globale, en articulant optimisation fiscale, prévoyance et investissement.
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FAQ – Questions fréquentes sur la déduction de coordination
1. Qu'est-ce que la déduction de coordination en termes simples ?
C'est le montant (26 460 CHF en 2025/2026) que l'on soustrait de votre salaire annuel brut avant de calculer les cotisations à votre caisse de pension (2e pilier LPP). Cela évite de cotiser deux fois sur la même portion de revenu, déjà couverte par l'AVS (1er pilier).
2. La déduction de coordination est-elle la même pour tout le monde ?
Oui. Le montant est fixé uniformément par le Conseil fédéral suisse et s'applique à tous les salariés, quel que soit le niveau de revenu ou le taux d'occupation, sauf si la caisse de pension choisit volontairement d'adapter ce montant au taux d'activité.
3. Comment la déduction de coordination affecte-t-elle les travailleurs à temps partiel ?
De manière significative. Puisque le montant est fixe, il représente une proportion bien plus importante du salaire d'un temps partiel. Le salaire coordonné est donc très réduit, ce qui diminue les cotisations LPP et les futures prestations. La solution : demander à sa caisse de pension une déduction au prorata du taux d'activité.
4. Quel est le salaire minimum pour être assuré dans le 2e pilier ?
En 2025 et 2026, le seuil d'entrée LPP est de 22 680 CHF par an. En dessous de ce revenu, aucune cotisation obligatoire n'est prélevée. Il est donc important de se tourner vers un pilier 3a ou une affiliation volontaire.
5. Peut-on supprimer la déduction de coordination ?
Certaines caisses de pension proposent des plans de prévoyance sans déduction de coordination, où l'intégralité du salaire est assurée dès le premier franc. Ces plans sont plus coûteux en cotisations, mais offrent des prestations nettement supérieures. La décision appartient à l'institution de prévoyance, pas à l'employeur seul.
6. La réforme LPP allait-elle supprimer la déduction de coordination fixe ?
La réforme LPP 21, adoptée par le Parlement en 2023, prévoyait de la remplacer par une déduction variable (20 % du salaire). Cela aurait bénéficié aux temps partiels. Mais cette réforme a été rejetée par le peuple en septembre 2024. La déduction fixe de 26 460 CHF reste donc en vigueur.
7. Qu'est-ce que le salaire coordonné maximal ?
C'est le plafond de salaire assuré dans la LPP obligatoire. En 2025/2026, il s'élève à 64 260 CHF. Au-delà, une couverture complémentaire via la part surobligatoire est possible si l'employeur le prévoit dans son plan de prévoyance.
8. Comment les frontaliers sont-ils concernés par la déduction de coordination ?
Les travailleurs frontaliers salariés en Suisse sont soumis à la LPP dans les mêmes conditions que tout salarié suisse. La déduction de coordination s'applique donc identiquement. En revanche, la fiscalité des prestations au moment du retrait peut varier selon les conventions fiscales franco-suisses. Un accompagnement spécialisé est fortement recommandé.
La déduction de coordination en résumé
La déduction de coordination est bien plus qu'une ligne technique sur votre bulletin de salaire. C'est un rouage central du système de prévoyance suisse, qui conditionne directement le montant de votre future rente LPP. En comprendre les règles, les limites et les possibilités d'optimisation, c'est prendre en main votre retraite.
Retenez l'essentiel : son montant en 2025/2026 est de 26 460 CHF, identique pour tous les salariés. Elle peut fortement pénaliser les travailleurs à temps partiel et les personnes cumulant plusieurs emplois. Certaines caisses de pension peuvent adapter ou supprimer cette déduction. Le pilier 3a et les rachats LPP restent les meilleurs outils pour combler les lacunes. Et pour les frontaliers, la dimension fiscale transfrontalière justifie un accompagnement spécialisé.
Chez Fimaris, nous accompagnons les dirigeants, les cadres et les travailleurs frontaliers dans l'analyse et l'optimisation de leur patrimoine. Chaque situation est unique, prenons le temps d'étudier la vôtre.

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